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Le programme de la langue française en fête

Direction de la Langue Française

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Rationnaliser l'orthographe: pourquoi ?

 

 


Pour les plus pressés

Le choc d'une vidéo ?

Un entretien avec Dan Van Raemdonck, professeur de linguistique française et vice-président du Conseil de la langue française et de la politique linguistique.

Ou le poids des mots ?

Tous les usagers le savent : l’orthographe française est pleine de pièges et de chaussetrappes qui en font hésiter, voire reculer, plus d’un au moment de saisir la plume ou le clavier. Le nombre des exemples n’a d’égale que leur diversité.

Ainsi pourquoi doit-on écrire une partisane, mais une paysanne ; le patronage, mais le baronnage ; rationalisme, mais rationnel ; et même – comble du raffinement ! – rubaner, mais enrubanner… ? Pourquoi des pneus, mais des cheveux ; des landaus, mais des châteaux ; des  clous, mais des hiboux… ? Pourquoi douze, douzaine, douzième, mais dix, dixième, dizaine ? Pourquoi je crains, tu peins, il joint, mais je prends, tu mords, il coud (sans compter il vainc)… ? Pourquoi un même dictionnaire écrit-il portefeuille, mais porte-billets ; casse-pierre, mais brise-motte; cure-dent, mais cure-ongles ; passe-plat, mais monte-plats… ? – « Pour un tel inventaire, il faudrait un Prévert », dirait Georges Brassens.

Ces incohérences sont dénoncées depuis longtemps : dès les débuts de l’Académie française, certains de ses membres, parmi les plus compétents, ont proposé, par exemple, de simplifier les consonnes doubles qui ne se prononcent pas telles ou d’aligner les pluriels en -x sur la règle générale. Et d’ailleurs – on le rappelle trop peu dans les débats contemporains – l’orthographe française n’a jamais cessé d’évoluer. Certes, à pas mesurés ; et le mouvement s’est fortement ralenti vers le milieu du XIXe siècle. Et cependant, à chaque fois, les innovations proposées ont d’abord soulevé plus de refus passionnels que d’examens rationnels. Pourquoi certains s’obstinent-ils à vouloir aller plus loin aujourd’hui ?

Aux yeux des spécialistes, l’orthographe française est l’une des plus opaques, et peut-être la plus difficile, au monde. Deux raisons principales à ce record peu enviable. D’abord, la complexité du rapport entre les sons et les lettres : alors qu’en latin, en espagnol ou en finnois, une lettre correspond presque automatiquement à un seul son et vice-versa, en français, on compte entre quatre et six fois plus de graphies que de sons (combien de graphies possibles pour le son qu’on trouve dans « bain » ? de prononciations pour les lettres e ou u, seules ou en combinaison ?). Ensuite, et peut-être surtout, une particularité grammaticale (qu’ignore l’anglais, par exemple, encore plus complexe sur le seul plan phonographique) : le grand nombre de marques devenues muettes au fil du temps (-e du féminin ; -s du pluriel ;-e, -es, -t ou -ent des personnes verbales…).

Ces difficultés inhérentes au système lui-même pèsent lourdement sur les usagers : les premiers apprentissages s’en trouvent ralentis, voire perturbés ; et plus tard, persiste chez beaucoup un sentiment paralysant d’insécurité.  Ainsi, en fin de 1re primaire, certains tests de lecture de mots ne sont réussis qu’à 79 %  par les francophones,  contre 95 %  chez les hispanophones ou les italophones ; à la fin de la 2e primaire, les élèves italiens, espagnols ou néerlandais maitrisent suffisamment l’orthographe de leur langue pour qu’on en arrête l’enseignement systématique ; et une étude récente a même montré qu’à Bruxelles, de petits francophones apprennent à lire plus vite en néerlandais qu’en français.

Devant de tels constats, au moment où les besoins sociaux d’entrée dans le monde de l’écrit se multiplient, où l’école, sollicitée par d’autres tâches plus ambitieuses, suffit moins que jamais à assurer la maitrise de l’orthographe, il est grand temps de cesser de faire porter aux seuls usagers la responsabilité des performances médiocres que l’on déplore : si l’on ne veut pas voir s’installer une « orthographe à deux vitesses », il faut, à l’instar de plusieurs langues voisines, l’adapter progressivement aux nouvelles nécessités sociales.


Pour aller plus loin

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